L’«infection résiduelle» : un facteur clé dans la persistance de la tuberculose bovine

28 novembre 2025

Une récente étude de l’IRTA-CReSA, réalisée en collaboration avec l’Université Autonome de Barcelone (UAB) et le Département de l’Agriculture, de l’Élevage, de la Pêche et de l’Alimentation (DARPA), a examiné deux foyers récurrents de tuberculose bovine dans une même zone de Catalogne, séparés par neuf ans : le premier entre 2009 et 2012 et le second entre 2021 et 2022. Au total, cinq troupeaux bovins et au moins deux sangliers ont été touchés, et tous les troupeaux ont dû être entièrement abattus — ce qu’on appelle le vide sanitaire — à un moment donné du processus d’éradication.

La tuberculose bovine, causée principalement par la bactérie Mycobacterium bovis, est une maladie infectieuse chronique pouvant affecter aussi bien les animaux que l’être humain. En Catalogne, son incidence est très faible et en 2023 la région a obtenu le statut de « officiellement indemne de tuberculose bovine ». Cependant, des foyers sporadiques continuent d’être détectés, pouvant être liés à la persistance de la bactérie au sein des troupeaux ou à sa transmission depuis d’autres espèces, comme le sanglier ou les caprins. Cette complexité, impliquant plusieurs hôtes et une infection à évolution lente, rend l’éradication complète particulièrement difficile.

Un cas d’infection “silencieuse”

Grâce au séquençage génomique complet des isolats de M. bovis et à l’analyse épidémiologique des foyers, l’étude a identifié une infection résiduelle de longue durée au sein d’un troupeau bovin qui avait servi de pont entre les deux épisodes et également de source de transmission au sanglier (avec une faible prévalence, environ 2 % des animaux analysés).

L’infection résiduelle désigne la présence continue d’animaux infectés mais non détectés par les méthodes diagnostiques habituelles. Il s’agit d’un concept «parapluie» qui inclut:

  • Les animaux infectés non réacteurs, souvent en phases initiales ou latentes de l’infection, ou immunodéprimés.
  • Les animaux infectés mal diagnostiqués, en raison notamment du moment inapproprié pour réaliser le test, du non-dépistage de l’ensemble du troupeau ou des limites propres aux tests diagnostiques, en particulier l’épreuve à la tuberculine.

Pourquoi est-il important de les détecter ?

L’infection résiduelle constitue un obstacle majeur à l’éradication de la maladie, car la bactérie peut persister et circuler dans un troupeau sans être détectée à temps, provoquant de nouveaux foyers, parfois des années plus tard. Cette étude souligne l’importance de mener des investigations épidémiologiques approfondies dans les cas récurrents de tuberculose, afin d’identifier les points faibles du contrôle et de mieux comprendre comment l’infection se maintient et se transmet. À cet égard, la surveillance génomique basée sur les technologies de séquençage massif est un outil très utile pour comprendre les chaînes de transmission et améliorer les évaluations de risque.

Dans l’ensemble, afin de réduire la probabilité de réapparition de cette infection persistante, l’étude met en avant la nécessité d’appliquer des stratégies de surveillance basées sur le risque, avec des mesures telles que:

  • Augmenter la fréquence des tests diagnostiques,
  • remplacer plus rapidement les animaux plus âgés, ou
  • appliquer, si nécessaire, le vide sanitaire complet du troupeau.

Cette étude a été publiée en anglais et en accès libre dans la revue Transboundary and Emerging Diseases:

  • Bernat Pérez de Val, Mariano Domingo, Alberto Allepuz, Carles Riera, Albert Sanz, Miquel Nofrarías, Sergio López-Soria, Enric Vidal. Long-Term Residual Infection as a Source of Bovine Tuberculosis Reemergence: A Phylogenetic and Epidemiological Investigation of Recurrent Outbreaks, Transboundary and Emerging Diseases, 2025. https://doi.org/10.1155/tbed/2446811.

Le travail a été financé par le projet INNOTUB II – EFA115/04 du programme Interreg POCTEFA 2021–2027 et par le contrat de services du DARPA avec l’IRTA-CReSA.

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